Le journal du lycée Jean Jaures

 

Interview d’un représentant de lutte ouvrière par un journaliste de Perspektiv’

 
Avec ce premier numéro du nouveau journal de Jean-Jo débute ma « carrière de journaliste politique » ! J’aimerais présenter dans chaque numéro une interview d’élu ou de militant politique de toute sensibilité car il est grand temps - nous les jeunes ! - de nous motiver et d’aller voter ! Mieux vaut connaître un peu de quoi ont l’air les partis et leur action vis-à-vis des lycéens et des étudiants. Julien, 26 ans, militant à Lutte Ouvrière, parti trotskiste, a bien voulu répondre à mes questions...

G.L. : Tu connais des lycéens de Jean Jaurès, crois-tu qu’un certain état d’esprit existe dans ce lycée par rapport aux autres lycées rémois ?

Julien : Pour répondre, je dois d’abord dire quelques mots du parti au nom duquel je parle. Lutte Ouvrière est un parti qui, comme son nom l’indique, s’adresse avant tout aux salariés. Nous pensons que les travailleurs, parce qu’ils produisent tous les biens et services, ont la puissance sociale de rendre ce monde meilleur. Mais la jeunesse étudiante doit aussi prendre part à ce changement. Elle a un rôle essentiel à jouer. Son anti-conformisme, sa sensibilité, son enthousiasme, doivent être tournés contre la barbarie de cette société. C’est pourquoi nous nous adressons aussi à tous les jeunes. Je connais des lycéens de Jean-Jaurès et d’autres lycées, et je ne crois pas qu’il y ait un état d’esprit particulier à Jean-Jaurès. Ici comme ailleurs, il y a des jeunes qui sont révoltés par le monde dans lequel nous vivons, qui se posent des questions et qui veulent connaître les idées qui pourraient les aider à changer tout ça.

G.L. : Comment les élèves perçoivent-ils tes idées ? As-tu déjà eu des réactions agressives ?As-tu eu l’occasion de parler avec des profs ?

Julien : Bien sûr, il y a des lycéens qui ne s’intéressent pas au monde qui les entoure, ou qui ont l’impression que tout les dépasse. Ceux-là sont indifférents, voire hostiles à ce que nous disons. Mais beaucoup d’autres apprécient de pouvoir échanger avec nous des idées et des arguments, sur des questions comme la faim dans le monde, l’inégalité « Nord-Sud », les élections américaines ou sur l’atrocité de la guerre en Irak. Comme je suis un ancien élève de Jean-Jaurès, je connais certains profs et je discute parfois avec eux. Si nous ne sommes pas toujours d’accord, cela ne nous empêche pas de confronter nos idées.

G.L. : Penses-tu que les lycéens doivent se politiser ?

Julien : Je pense que s’occuper de politique est primordial. Les années-lycée sont souvent les années où l’on découvre l’état du monde, où l’on est heurté par sa violence. Quand on voit par exemple l’armée israélienne à Gaza tuer des femmes et des enfants, quand on voit les attentats terroristes aux U.S.A., en Russie, en Israël, alors on se pose des questions. Plus proche de nous à Reims, quand on voit les Restos du Cœur côtoyer l’opulence indécente des grandes maisons de champagne, peut-on trouver cela normal ? Chercher à comprendre le monde pour pouvoir intervenir me paraît être la réaction la plus saine. Même ceux qui ferment les yeux auront à faire face aux réalités sociales tôt ou tard. Alors mieux vaut s’y préparer et ne pas être désemparé.

G.L. : Certains lycéens associent votre action à de la propagande. On sait que le mot propagande a une connotation totalitaire. Qu’en penses-tu ? Le mot est-il bien approprié ?

Julien : Si on appelle « propagande » le fait de chercher à propager des idées, oui, nous en faisons. Mais ça n’a rien à voir avec le totalitarisme. Ce serait plutôt nous censurer qui y ressemblerait. Quand bien même nous aurions l’idée ridicule de vouloir « imposer » nos idées, nous n’aurions aucun moyen de le faire. Aujourd’hui, tous les médias, toutes les institutions, tout le monde propage des idées. Certains journalistes par exemple prétendent que ce serait les malades qui, en se soignant trop, causeraient le trou de la Sécu. Ils l’affirment en faisant croire que cette idée est admise par tout le monde. C’est faux ! Ce sont leurs idées, ou plutôt leurs préjugés qu’ils véhiculent, quend ils ne font pas tout simplement office de caisse de résonance à la politique du gouvernement.

G.L. : Vous êtes un parti révolutionnaire. Peut-on inscrire un tel parti dans le cadre d’une démocratie ?

Julien : Nous sommes révolutionnaires parce que nous pensons aussi que les droits démocratiques qui existent aujourd’hui sont bien limités et qu’ils ne permettront jamais à l’ensemble de la population d’intervenir réellement dans les affaires qui les concernent. Quand les actionnaires d’une grande entreprise décident de supprimer des milliers d’emplois pour accroître leurs profits, les salariés qui se font licencier n’ont que le droit de se taire. Seillière, et derrière lui tout le grand patronat, ne se contentent pas, eux, de leur bulletin de vote pour influer sur la politique du gouvernement et lui dicter ce qui les arrange comme l’allongement de la durée de la semaine de travail. Cela étant, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas profiter des libertés qui ont été acquises, parfois de haute lutte, comme la liberté d’expression, que ce soit au travers des élections, via la presse ou par la parole. Et c’est ce que nous faisons.

G.L. : Vous organisez depuis peu des réunions ouvertes aux jeunes de Jean-Jo. Quel sera le thème de la prochaine rencontre ?

Julien : Nous n’avons pas encore décidé du thème de la prochaine rencontre, ni quand elle aura lieu. Cela dépendra certainement de l’actualité qui, malheureusement, nous fournit bien des sujets de révolte et d’intervention. Il est possible que ce soit sur ce qui se passe en Palestine. Dans ce cas, nous chercherons à retracer l’histoire de l’Etat d’ Israël, les souffrances qu’ont endurées les peuples juif et palestinien, le rôle néfaste qu’ont joué et que jouent encore les puissances occidentales au Proche-Orient, l’impasse sanglante des nationalismes, ce que pourrait être l’avenir des peuples de cette région du monde, et en quoi tout cela nous concerne.

A la prochaine pour une nouvelle interview !!!!

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